On en rêve et on l’appréhende… Le travail dans le « campo » (dans les communautés rurales) est à la fois difficile et extrêmement gratifiant.
Au-delà de l’agitation des grandes villes (La Paz la métropolitaine, Sucre la coloniale, Oruro la folklorique), la Bolivie est avant tout un pays rural. Nombre de Boliviens vivent dans des communautés très éloignées des grands centres. Certaines sont reliées à la ville par autobus qu’une ou deux fois par mois. Sinon, les gens marchent, marchent, sans s’impatienter, car ainsi va la vie…
La semaine dernière, croyez-moi, nous sommes allés travailler au bout du monde… et ça s’appelle Huallatoco. Cinq heures de route nous séparent d’Oruro, dont trois sont probablement semblables aux conditions routières sur la Lune. Chapeau à mon acolyte Tarik (un autre volontaire du CECI) qui avec notre « pick-up » Toyota a su nous faire traverser quelques rivières, des routes de sel et de sable plus glissantes que les chemins québécois sur « la gadoue ».
Huallatoco est une communauté où vit une dizaine de familles seulement. On souhaite y développer le tourisme communautaire… à moyen terme… Il n’y a pas d’électricité, le signal du cellulaire ne rentre pas, mais il y a de l’eau. Le village est érigé près des serpentins d’une petite rivière. Un avantage incontestable dans l’aride Altiplano.
À notre arrivée, on nous désigne une maisonnette où nous pourrons donner pendant notre séjour des ateliers sur l’ethnotourisme et l’écotourisme. D’environ six mètres de long et deux mètres et demi de large, la maison ne compte qu’une pièce. Le sol est en terre battue. C’est également ici que nous dormirons. Comme j’étais la seule fille, j’ai hérité du lit sur lequel était installée une paillasse (vive la galanterie!). Tarik et Aurelio (un compagnon de travail bolivien) ont dû se contenter de poser leur paillasse sur le sol.
Les gens du village viennent nous voir. On discute et rigole avec eux. Les ateliers débutent. On sent la motivation et le sérieux de ces éleveurs de lamas. Ils souhaitent développer des sources de revenus complémentaires dans leur communauté. La journée se termine. Les gens doivent aller chercher leurs animaux aux champs. Une dame nous offre de nous préparer un repas. Mes deux compagnons acceptent. Pour ma part, j’avais préparé des provisions, car on ne sait jamais s’il y aura à manger ou non dans les villages.
18h00 : Le soleil commence à baisser… Ici on vit au rythme de cet astre! Aurelio a un peu sommeil.
18h30 : Il fait noir. Aurelio dort. Je profite du calme pour préparer mon atelier du lendemain à la lueur de la chandelle.
20h00 : Tarik s’endort.
20h30 : Ne sachant plus quoi faire, je me couche à mon tour. À force de me retourner dans mon sac de couchage pour trouver sommeil, j’en viens à ressembler à un saucisson ficelé!
6h30 : Le soleil sort de derrière les montagnes. Une envie me prend… marcher sur les rives de la rivière en mangeant mon petit déjeuner composé de banane et de pain.
Le cours d’eau me rappelle le Québec. Le son qu’il produit est apaisant, tout comme la vie dans ce village. On n’y entend que le bruit du vent, de l’eau, des enfants qui jouent et du bétail qui s’éloigne vers les zones de pâturage.
Lors d’un arrêt technique aux latrines, une petite cabane de trois murs construite en briques de terre et de foin, sans porte, et agrémentée d’un trou dans le sol faisant office de toilette… je suis heureuse qu’il soit si tôt et que le village ne grouille pas encore d’activités!
Il se fait tard, je retourne à notre maisonnette. Tarik me montre trois assiettes contenant un petit déjeuner que les villageois nous ont si gentiment préparé. Je regarde le bol contenant une bonne tasse et demie de riz, un œuf et des tomates…
- Aurelio, je n’ai plus faim. J’ai déjà déjeuné…
- Il faudra tout de même tout manger Andrée-Ann.
Je suis bien consciente que les denrées alimentaires ne pleuvent pas ici. On s’assoit en silence et on s’attaque à notre assiette.
- Aurelio, je n’en peux plus. Mon ventre va exploser!
- Hummmm… Va donner le reste de ton assiette aux poules, mais tu dois faire attention à ce que personne ne te voie. Les gens se sentiraient trop mal de te voir faire ça.
… Je ne crois pas avoir été aperçue par personne de la communauté, mais je vais vous avouer qu’il est difficile d’être subtile lorsqu’une dizaine de poules caquettent autour de vous sans aucune raison apparente…
En attendant la venue des participants aux ateliers, Tarik s’amuse avec des enfants et leur enseigne la confection d’avions en papier. Ils s’amuseront ainsi pendant plusieurs dizaines de minutes.
La deuxième journée d’atelier se déroule sans anicroche. L’heure du retour arrive rapidement, mais on se promet toutefois de revenir à Huallatoco…
J’entends quelques-uns d’entre vous dire « Ça se peut tu! Faut aimer ça la misère! », mais cette expérience aussi « exotique » qu’elle puisse paraître est toutefois une leçon de vie. Cela fait prendre conscience de la facilité de notre vie nord-américaine. Les « j’ai faim, j’ouvre le frigo », « j’ai froid, je monte le chauffage », « j’ai soif, j’ouvre le robinet » y prennent un sens plutôt différent! Rien n’est acquis… mais malgré les conditions de vie difficiles dans cette communauté, nous y avons néanmoins été reçus comme des rois et n’avons manqué de rien. Huallatoco, c’est peut-être le bout du monde, mais c’est aussi un endroit qui brouille vos repères et brasse vos valeurs…
* Un immense merci à Tarik Marc pour ses photos.
Je suis actuellement gelée chez nous. C'est humide avec cette pluie qui tombe. Et effectivement, je viens de lever le chauffage.
Je viens aussi de manger un bon sandwich avec un smootie.
Effectivement, nous ne sommes pas dans la misère mais
eux non plus ! Leur besoin essentiel est comblé. Ils ne sont juste pas aussi exigeants matériellement que nous. Leurs priorités sont aussi différentes des notres.
Moi j'aurais envi de te dire: CHANCEUSE !!! Profites de tous ces beaux moments et continue d'être ZEN !
Rédigé par : Kathleen | 24/09/2010 à 12:49