Le principal intéressé s’est placé sous la protection de la loi de la faillite le 19 mai dernier parce qu’il n’arrivait plus à joindre les deux bouts! «Il y a encore quelques jours, j’aurais été incapable de vous parler. Mais c’est comme un deuil: le temps fait son œuvre. Aujourd’hui, je m’en sens capable et je le fais pour que la population soit mise au courant de la situation des producteurs de porc» nous a-t-il confié.
Pourquoi tombent-ils comme des mouches? La hausse du dollar canadien, le prix élevé des intrants et la concurrence mondiale font partie de la réponse: «Aujourd’hui, je vends mon porc 1,70$ du kilo, le même prix qu’en 1975. En 1975, une tonne de moulée coûtait 100$: aujourd’hui, elle vaut 400$. En 1975, notre dollar valait 0.70$: aujourd’hui, il atteint 1,05$, de sorte que je ne peux plus exporter aux États-Unis. Et la concurrence mondiale nous fait mal, surtout de la part des pays émergents comme la Chine et le Brésil qui produisent à moindre coût» d’expliquer M. Proulx.
Les intégrateurs
«J’ai toujours été un batailleur et j’ai toujours été du côté des agriculteurs. J’ai toujours fait preuve de loyauté envers l’UPA et je pense encore que l’UPA existe par et pour les agriculteurs. Toutefois, je lui reproche de ne pas avoir dénoncé la compensation accordée aux intégrateurs qui est la même que celle consentie aux producteurs indépendants» d’ajouter M. Proulx.
Celui-ci va plus loin en disant que l’UPA voit ce qui se passe, mais manque de courage pour défendre les fermes familiales, «une espèce en voie de disparition» dit-il.
La Financière
En plus de lutter contre les intégrateurs, les indépendants se battent contre la Financière agricole du Québec: «Elle ne nous soutient pas. Elle n’a qu’un seul objectif, présenter des résultats positifs pour dorer le blason de ses fonctionnaires». Les mesures de resserrement mises en place par la FADQ ont coûté plus de 200 000$ à M. Proulx depuis deux ans: «Donnez-moi ces 200 000$ et nous ne serions pas assis autour de la table à discuter de mon éventuelle faillite».
M. Jacques Dionne, le président de la Fédération des producteurs de porc de la Côte-du-Sud, abonde dans le même sens: «Tu parles aux gens de la Financière agricole et ils ne t’écoutent même pas. Quant à l’UPA, ça lui a pris du temps à réagir, mais elle est derrière nous».
Les amis du Parti
La question se pose: veut-on faire disparaître les producteurs indépendants au profit des intégrateurs? «Je ne peux pas croire que c’est vrai, mais on le voudrait qu’on ne ferait pas mieux. Quand tu ajoutes un règlement, c’est toujours le petit qui éprouve plus de difficultés à s’y conformer. À ce rythme, on se dirige vers une agriculture industrielle concentrée dans les mains de quelques individus» de répondre M. Proulx.
Selon ce dernier, les grands responsables de la crise dans le porc sont les décideurs, c’est-à-dire le gouvernement Charest. Une autre question s’imposait alors, question que M. Proulx a lui-même formulé: «Les intégrateurs sont-ils des amis du parti libéral? On spécule, mais si c’est vrai, ça va finir par sortir».
Médiation
Sous la protection de la loi de la faillite, M. Proulx devra affronter la médiation fédérale, possiblement au début de l’automne: «Généralement, 80% des producteurs, toutes productions confondues, s’en sortent. Mais dans le porc actuellement, c’est 0%» de conclure M. Proulx. Pour plus de détails, voir les vidéos de l’entrevue de M. Proulx.