L'Oie blanche
Dès lors, une question s’impose: si la littérature scientifique abonde dans le même sens, pourquoi les chimériques vertus de l’immigration rallient-elles les politiciens et médias québécois? «Parce que les articles sur le sujet, très techniques, visent un public de spécialistes. Et parce que l’immigration n’est pas un thème comme les autres: elle soulève souvent des débats houleux et parfois empoisonnés. Ce débat toxique a convaincu les experts de rester à l’écart. Or, c’est précisément pour divulguer cette littérature scientifique et abaisser les attentes démographiques et économiques face à l’immigration que nous avons écrit le livre» précise M. Marois.
Les deux auteurs n’en démordent pas: l’immigration ne peut pas être assez élevée pour contrer les tendances fortes d’un pays et avoir un impact significatif sur son économie: «Sans oublier le fait que les immigrants éprouvent des difficultés importantes d’intégration et qu’ils ont eux-mêmes un impact cumulatif sur le vieillissement» ajoute M. Marois.
Selon celui-ci, le vieillissement est un phénomène universel qu’il faut accepter: «Il ne suffit pas de dire que l’immigration va régler ça. Et n’oublions pas que les rares sociétés qui n’ont pas ce problème de vieillissement ne fonctionnent pas très bien». D’autres intérêts peuvent justifier une soif d’immigration: une main-d’œuvre à bon marché dans certains secteurs, une augmentation de la clientèle pour d’autres ou un enjeu politique: l’arrivée d’un immigrant au Québec se traduit généralement par un vote au Parti libéral. Seule incartade à saveur politique qu’il s’est permise durant l’entrevue, M. Marois a affirmé que Jacques Parizeau a possiblement raison en prétendant que le vote ethnique lui avait fait perdre le référendum de 1995.
À la suite de la parution du livre, semble-t-il que les autres partis politiques du Québec, qui endossaient l’idée «instinctive» de l’immigration, ont commencé à nuancer leurs propos.
Régionalisation
M. Marois trace un portrait plutôt négatif de l’immigration en région: «Il n’y a aucune politique efficace de régionalisation de l’immigration. Ce qui favorise l’immigration, c’est un réseau social déjà en place, ce qui n’existe pas en région». Au prorata, le Québec est l’un des pays qui accueille le plus d’immigrants, soit environ 50 000 par année: «Comme l’immigration s’effectue de métropole en métropole, 80% et plus de ces nouveaux venus vont demeurer à Montréal. Il est surréaliste de penser qu’ils vont s’établir dans un milieu rural» de dire M. Marois.
Conséquemment, l’un des effets pervers de l’immigration consiste à augmenter le poids de Montréal tout en diminuant celui des régions. Pour imager le phénomène, dites-vous qu’un comté de Montmagny-L’Islet (40 000 habitants) se greffe à la métropole à chaque année!
Attentes
Comme mentionné précédemment, l’un des principaux objectifs de MM. DuBreuil et Marois consiste à réduire les attentes vis-à-vis l’immigration. Ils ne mâchent pas leurs mots à l’endroit des petits soldats de la vertu, toujours prêts à accuser de racisme ceux qui s’éloignent le moindrement de «l’immigrationnisme», à savoir que l’immigration est à la fois nécessaire et nécessairement bonne.
«En donnant systématiquement la discrimination et la non-reconnaissance des acquis comme fondements de l’échec de l’immigration, les décideurs et les commentateurs ne font qu’aggraver le problème qu’ils souhaitent résoudre. Les chevaliers de l’antidiscrimination, plutôt que de calmer le jeu, viennent attiser la méfiance entre les groupes. Les natifs comprennent qu’ils sont accusés de racisme et de fermeture d’esprit, alors que les immigrants se voient confortés dans leurs pires appréhensions: les Québécois ne les aiment pas et voilà la source de leurs malheurs! (…) La réalité est que l’immigration produit des effets complexes sur lesquels il est rarement facile d’agir. La seule approche acceptable consiste à se tenir à l’abri de la conjecture et à mobiliser la documentation empirique disponible tout en en reconnaissant les limites. C’est ce que nous avons cherché à faire dans cet essai. Pour autant, les nuances dans les détails ne doivent pas masquer la clarté du portrait global: économiquement et démographiquement, le Québec n’a pas besoin d’immigration. Dire le contraire revient à créer des attentes condamnées à être déçues. Les Québécois doivent poursuivre le débat sur leurs politiques d’immigration et d’intégration, mais en mettant de côté cet argument une fois pour toutes. Le vieillissement de la population est un problème réel, mais l’immigration est un remède imaginaire» concluent-ils.
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