L'Oie blanche
Interpellé par la crise dans le secteur porcin, M. Garon a accepté de livrer ses commentaires au journal L’Oie blanche, commentaires où il n’écorche pas seulement l’UPA: le gouvernement libéral, les intégrateurs, la coop fédérée et ses protégés de l’époque, les producteurs eux-mêmes, y goûtent également.
Tout au long de l’entrevue, M. Garon a insisté sur le fait qu’une ferme familiale se devait d’être efficace: «L’homme, la femme, les enfants, un ou deux employés et environ 6 000 cochons par année» précise-t-il en traçant le portrait type d’une ferme porcine en 2011.
Le cercueil dans le porc
Lui qui s’est toujours opposé à l’intégration accuse les libéraux, et particulièrement son successeur au ministère de l’agriculture, d’avoir saboté le système: «Michel Pagé a mis le cercueil dans le porc en 1987 quand il a assuré les intégrateurs. C’est une écoeuranterie des libéraux d’avoir stabiliser les intégrateurs, cela parce qu’ils étaient les bailleurs de fonds du parti. Quand Pierre Paradis a fait sa course à la chefferie, il était financé par les intégrateurs».
Vous aurez compris que M. Garon ne fait pas bon ménage avec les intégrateurs: «Un intégrateur, c’est quelqu’un qui vend de la moulée. Or, qu’est-ce qui mange le plus de moulée: le porc. Les intégrateurs produisent donc des cochons à forfait pour écouler leur moulée et leurs médicaments: résultat, le producteur n’est plus maître chez lui. Et en plus, l’intégrateur a intérêt à payer le moins cher possible parce que le gouvernement compense. Le gouvernement ne peut pas financer l’intégration avec l’argent du public; ça n’a pas de bon sens: les gens ne le savent pas, parce qu’ils seraient contre à mort».
Au diable la Fédérée!
Si vous croyez que M. Garon ne peut pas sentir les intégrateurs, attendez de savoir ce qu’il pense de la Coop Fédérée: «Du mouvement coopératif comme la Fédérée, j’aime autant pas en avoir. La Fédérée, c’est du fonctionnarisme privé. Le système était efficace auparavant, mais il a été détruit par la Fédérée. Le mouvement coopératif jouit d’une réputation historique dont elle se sert pour faire de l’intégration. Intégration privée ou coopérative, c’est du pareil au même. Le porc coop, c’est pas un cochon»!
Autre chance à l’UPA
À bas l’UPA! Non, de dire M. Garon: «De mon temps, l’UPA défendait les fermes familiales, mais plus aujourd’hui. Tu ne peux pas défendre l’intégration et la ferme familiale. C’est contradictoire: tu parles des deux côtés de la bouche. Mais il faut donner une autre chance au coureur, sans toutefois lui donner le Bon Dieu sans confession: que ce soit clair que l’UPA doit se ranger derrière les fermes familiales. L’UPA doit admettre qu’elle s’est trompée, sinon elle ne fera pas la job».
L’Union paysanne ne constitue pas une solution pour M. Garon. Selon lui, les producteurs doivent être représentés par un syndicat qui ne regroupe que des agriculteurs professionnels et non pas monsieur et madame tout le monde.
L’ancien ministre déplore également l’attitude des producteurs: «L’UPA, ce sont les agriculteurs, et ils ont dormi debout. Ils n’ont pas dit un mot quand l’intégration s’est étendue. S’ils attendent tous d’être en faillite pour se plaindre, ça n’ira pas bien».
Bataille gigantesque
Au dire de M. Garon, une crise importante et une bataille gigantesque se pointent à l’horizon: «Il va y avoir un gros débat dans le monde syndical du Québec. Si les producteurs commencent à dire ce qu’ils veulent, ils vont avoir les dirigeants dont ils ont besoin. Pour ce faire, ils ne devront pas se contenter de déranger un peu. Va falloir qu’ils dérangent beaucoup».
Le PQ
Difficile d’aborder Jean Garon sans lui parler du PQ, dont il doute qu’il ait une politique agricole bien réfléchie.
Questionné sur les récentes démissions de députés péquistes, il répond que ça ne sert à rien: «Il faut faire les débats de l’intérieur. Le but du PQ, c’est de faire l’indépendance. Il ne peut y avoir trois partis qui défendent cette option. Les égos doivent embarquer dans le rang. Comme les producteurs de l’UPA, les souverainistes doivent d’abord savoir ce qu’ils veulent pour le défendre» a-t-il conclu.