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par Clémence Cireau
Collaboration spéciale
C’est ce que révèle Dominique Payette, professeure à l’Université Laval et journaliste, dans son rapport sur l’avenir de l’information au Québec, publié le mois dernier pour la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine, Christine Saint-Pierre. L’objectif de ce rapport est de comprendre la crise des médias au Québec.
Collaboration spéciale
Selon Madame Payette, le cœur du problème n’est pas la crise économique, mais correspond à la mission d’informer des médias. Elle déplore le nombre décroissant de producteurs de nouvelles originales. Et c’est à ce niveau qu’elle situe le rôle fondamental des journaux régionaux : ils activent l’engagement citoyen en apportant à leurs lectorats des informations d’intérêt public qui leur permettent d’utiliser leurs compétences civiques. Pour elle, le danger est d’oublier ce rôle premier des médias. « La médecine appartient aux médecins, mais la santé appartient à la société québécoise, le journalisme appartient aux journalistes, mais l’information appartient à la société québécoise », illustre-t-elle.
La création d’une loi sur un statut professionnel des journalistes, des crédits d’impôt faits aux organes de presse qui adhéreraient au Conseil de presse, ainsi que l’attribution de la publicité gouvernementale, sont les pistes de solutions proposées par le rapport. Le salaire des journalistes, qui seraient reconnus professionnels par leurs pairs, serait subventionné à la hauteur de 40 % pendant 5 ans. Cela inciterait les médias à employer de nouveaux journalistes. De plus, ce statut de journalistes professionnels assurerait une qualité de l’information, régie par un code déontologique. Les pratiques seraient dans un cadre bien défini. Ce label permettrait à la population de reconnaître un journaliste d’un communicateur. Madame Payette explique que ses recherches se sont concentrées sur l’aide de l’ État : « Le pari qu’on fait, c’est qu’en parlant le langage de l’argent, on risque de séduire les gens qui comprennent mieux le langage de l’argent », révèle-t-elle.
Les détracteurs de ce rapport, tel que Normand Lester, chroniqueur à la radio montréalaise 98,5, y voient un risque pour la liberté d’expression. Madame Payette répond à cela qu’elle voudrait que l’article 1 de la loi soit « l’État se déclare incompétent à gérer les questions liées à l’information ». La mécanique doit être décidée par les journalistes. Ainsi, l’indépendance éditoriale serait conservée.
On reproche aussi au rapport Payette d’avoir parlé à plus de 200 personnes, mais de ne pas avoir consulté Quebecor, le plus gros groupe médiatique du Québec. Madame Payette explique que des employés du groupe ont essayé de participer aux consultations, mais qu’on leur a formellement interdit. La direction a répondu « qu’ils étaient trop occupés ».
Les coopératives de presse, une solution ?
Les conclusions de rapport ont pour but de conserver la diversité des médias en région. Le problème de convergence reste important au Québec. Quebecor vient d’acheter 15 hebdomadaires en Montérégie. Les propositions se veulent une réponse à ces rachats importants en favorisant les journaux indépendants qui bénéficieraient des aides de la nouvelle loi. Mais Madame Payette constate que les modèles d’affaire coopératif et communautaire sont sous-utilisés au Québec.
L’information se trouve centralisée à Québec et à Montréal. Les régions sont souvent en difficulté, malgré les quelques exemples de développement communautaire comme en Gaspésie. « Il faut se concentrer sur des journalistes qui connaissent les régions, qui y vivent, et qui les présenteraient probablement de façon moins stéréotypée que ce que font les journaux nationaux », rappelle Madame Payette. « Téléquebec pourrait être un bon outil de réseautage entre tous ces journalistes », ajoute-t-elle.
Le rapport Payette a donc réaffirmait l’importance des médias régionaux, proche de leur milieu. En revenant sur la loi du statut professionnel des journalistes, elle explique que « c’est d’abord pour les régions, qu’on y a pensé ».
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