par Yannick Patelli
Notre rencontre avec le flamboyant maire de Saint-Fabien de Panet, M. Pierre Thibaudeau nous a permis certes de parler de la région et de ruralité mais aussi de l’évolution du monde dans sa globalité et des impacts de divers changements pour la société québécoise et pour les panetois.
En ce vendredi 25 mars dernier, alors que nous savions tous que le Canada serait en élection quelques heures après notre entrevue, le maire de Saint-Fabien n’avait pas de liste d’épicerie à présenter à Stephen Harper ou à Bernard Généreux. Il voit les choses plutôt dans la globalité pour la région comme il dit et pas seulement selon les besoins immédiats de St-Fabien.
Que Montmagny envoie son chèque !
Il souhaite que Montmagny soit bien développée pour que cela lui permette de maintenir ses citoyens dans son village. Il appelle les industriels magnymontois à parler plus souvent aux jeunes écoliers qui sont leur main-d’œuvre de demain : « Montmagny consomme chez Costco à Québec mais nous on consomme à Montmagny. Montmagny a besoin des villages comme le mien. D’ailleurs les magnymontois s’ils se rendaient compte à quel point nous sommes importants devraient nous envoyer un chèque chaque semaine. », ajoute-t-il.
Développement régional : On cherche un leader !
Concernant les organismes de développement régional, M. Thibaudeau est assez tranché : « On a les outils mais on n’a pas les bonnes personnes. Ça va nous prendre un leader en développement économique et touristique ». S’il n’a pas d’avis sur le projet de la Goëlette de Grosse-île, pour lui, le projet Hommage à Riopelle est « assurément un produit d’appel international. Moi, j’aime l’art je le sais mais les gens d’ici ne voient pas le potentiel. » Il fera le parallèle avec le parc régional des Appalaches qui est une fierté pour son village. « Ce ne sont pas les gens d’ici qui viennent mais de Trois-Rivières et de partout au Québec »
Pauline Marois, racoleuse !
Quant au discours sympathique pour la cause environnementaliste dans les médias et tous les discours politiques actuels, selon lui, c’est un « trademark ». « Je n’étais pas vert avant, je ne le suis pas plus aujourd’hui mais je suis un opportuniste alors si ça m’apporte quelque chose pourquoi pas ! ». Il dénonce toutefois l’attitude racoleuse de Pauline Marois qui veut fermer la centrale nucléaire au Québec juste parce que c’est tendance dans les médias actuellement.
Le Québec trop syndiqué, condamné à l’inertie !
On comprend à échanger avec ce maire au franc-parler que dans la société québécoise on peut avoir des idées et des actions pas toujours compatibles. Il est convaincu que notre société est trop gâtée, qu’on nous donne tout et dans tous les domaines. Il dit même que notre société est condamnée à l’inertie à cause de son haut taux de syndicalisation mais reconnaît qu’à titre de maire il fait son mea-culpa et que s’il peut obtenir une subvention pour son village il va la chercher : « Moi s’il y a une subvention dans le bureau d’à côté, je suis le premier derrière la porte »
La politique d’immigration ici, une masturbation intellectuelle !
Lui qui a voyagé souvent en Chine est très conscient du déclin démographique inquiétant pour le Québec et ses villages. Il croit à l’immigration comme solution mais il trouve que les décideurs régionaux n’ont pas bien à l’esprit ce qui les attend. « C’est, dira-t-il, pas seulement nos régions mais toutes les régions et mêmes les grandes villes du Québec qui seront confrontées à notre problème démographique. Actuellement la façon dont on parle d’immigration dans la région, c’est un peu de la masturbation intellectuelle ! »
Le Québec sauvé par l’aura du Canada !
M. Thibaudeau autrefois souverainiste et même actif au sein du mouvement pour « la cause » se définit aujourd’hui beaucoup plus lucide. « Le Québec bénéficie de l’aura du Canada. Le meilleur pays du G7. On ne doit notre cote de crédit qu’aux bons résultats du Canada. Le Québec lui est endetté et il est évident que nous ne changerons notre modèle que lorsque les financiers siffleront la fin de la partie ». D’ailleurs il nous confiera qu’à ses yeux, Lucien Bouchard n’est pas le héros que certains laissent supposer. « Quand il a décrété le déficit zéro et qu’il a mis à la porte tant de monde dans le milieu de la santé, il ne faisait que répondre aux ordres de la finance », précise-t-il.
Alors que nous sommes en général plutôt persuadés que les hommes politiques ont tous la langue de bois, je vous assure qu’il est agréable de temps en temps, qu’on soit en accord avec eux ou pas, d’approfondir les discussions avec ceux qui ont encore leur franc-parler pour leitmotiv.
Yannick Patelli
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