Walmart Canada a annoncé le 26 janvier dernier l’ouverture au Québec de trois « supercenters » qui comprendront des supermarchés à même les magasins existants de la chaîne. En lisant les quotidiens, je me suis interrogé sur les conséquences à long terme de ce qui pourrait s’avérer une nouvelle source de fuites commerciales pour la région et d’opportunités d’affaires pour certaines entreprises.
Pour le consommateur, cette nouvelle concurrence de Walmart pourrait bien forcer les leaders de l’industrie comme Sobeys/IGA, Metro ou Loblaws/Maxi à ajuster le tir. Selon plusieurs analystes du secteur, il y aura une pression à la baisse sur les prix. D’autant plus qu’il y a de la marge de manœuvre car le coût des produits d’épicerie est près de 5 % plus élevé ici qu’ailleurs au Canada.
Bien que l’ouverture prochaine de «supermarchés Walmart» dans la grande région de Québec et dans Chaudière-Appalaches ne soit pas prévue à court terme, Walmart a l’intention d’étendre ce concept à la majorité de ses 54 magasins québécois. Sans vouloir être défaitiste, l’arrivée imminente de ces mégasupermarchés affectera partiellement l’économie régionale. Bon nombre de ménages consomment déjà dans ce type de magasins présents dans les centres urbains et y dirigeront sans doute une partie de leur budget familial.
Par ailleurs, le nombre d’épiciers indépendants est en diminution. Peu d’entre eux subsistent dans les petites municipalités, ce qui limite le développement de celles-ci. À l’opposé, les grandes bannières détiennent des parts de marché importantes dans les petites villes. À titre indicatif, depuis 2006 où les « super Walmart » existent en Ontario, la part de marché des indépendants est passée de 16 % à 9 % au profit des grandes bannières.
Localement, les entrepreneurs du secteur doivent s’interroger sur ce qu’ils peuvent offrir pour atténuer ces fuites commerciales, pas uniquement sur la menace qui proviendrait de Walmart. Une de ces solutions est de développer l’offre de produits/services de niche qu’aucun Walmart ou autre bannière n’est en mesure de copier, car les coûts s’avèrent trop élevés pour la reproduire à grande échelle. Personne n’est mieux placé qu’un entrepreneur local pour combler les besoins particuliers de sa clientèle.
Sur le plan provincial, cette annonce semble positive puisque la multinationale a pour objectif de s’approvisionner en produits d’épicerie dans une proportion de 30 % chez des fournisseurs québécois. D’un point de vue « business », c’est une belle occasion pour les entreprises agroalimentaires car Walmart prévoit offrir une plus grande variété de produits frais tels les fromages, charcuteries, fruits et légumes. Il s’agit peut-être là d’un débouché intéressant pour certains producteurs.
Le phénomène des fuites commerciales au profit des grands centres n’est pas nouveau : l’herbe est toujours plus verte chez le voisin ! Le futur nous réserve peut-être un prix de l’essence tellement élevé qu’il fera contrepoids à ce phénomène de consommation extrarégionale. Quand le consommateur doit piger dans son portefeuille, son comportement peut changer soudainement. À l’opposé, quand le consommateur peut trouver les produits qu’il recherche dans son milieu, il n’hésite pas à consommer localement.
Source : Mallette, comptables agréés